L'actualité de Fabrice Santoro

INTERVIEW GRAND FORMAT

INTERVIEW GRAND FORMAT

En 2012, Fabrice Santoro reste un homme occupé. Entre deux rendez-vous, il a longuement pris le temps de faire le bilan de l’année écoulée, d’aborder 2012 et de revenir sur quelques-uns des moments marquants de sa longue carrière. Quand on évoque celle-ci, la Coupe Davis n’est jamais très loin. « D’ailleurs, ce soir je dîne avec tous les membres de l’équipe de 1991, à l’initiative de Yannick » annonce-t-il en préambule. Deux jours plus tard, Fabrice prenait l’avion direction Doha où il était invité par l’organisation, ainsi que tous les autres vainqueurs, afin de célébrer sa victoire dans ce tournoi, en 2000. En cette nouvelle année, Santoro court toujours et déborde de projets. Entretien.

Début 2010, un sondage publié sur votre site internet révélait que vos supporters souhaitaient en priorité vous revoir sur le terrain au cours de matchs exhibitions. En 2011, ils ont été exaucés puisque vous avez remporté le trophée des Légendes à Roland Garros. Vous avez également fait vos premiers pas sur l’ATP CHAMPIONS TOUR, lors de l’étape Londonienne, courant décembre. Peut-on imaginer que vous allez poursuivre ainsi cette année ?

 

Cette demande du public, je l’ai ressentie aussi. En général, les personnes qui m’écrivent sont satisfaites de ce que je fais à la radio et à la télé, où ils m’ont, il est vrai, moins vu. Mais, principalement, je reçois des messages dans lesquels on me dit que je manque au tennis, qu’on souhaite me revoir sur le terrain. Aujourd’hui, cette forme de tennis me plait. Disputer des exhibitions, être en contact avec le public, j’adore ça. Au rythme qui était le mien lorsque j’étais sur le circuit, c’est inconcevable. Effectivement, j’ai fait mes débuts sur le CHAMPIONS TOUR à Londres, au Royal Albert Hall. Un lieu magique. Je m’y étais préparé, je jouais vraiment bien et je me suis régalé. De par mon palmarès, je n’ai pas accès à ce circuit puisqu’il faut avoir été numéro un mondial ou avoir remporté un tournoi du grand chelem en simple. Quelques jours après ce tournoi de Londres, j’ai reçu un mail des organisateurs du CHAMPIONS TOUR qui me remerciaient pour ma participation et me disaient que j’avais vraiment apporté quelque chose au tournoi de par mon style de jeu, ma bonne humeur. Ils ont ajouté que, désormais, j’étais “special exempt” dans tous les tournois du monde.

 

Cela rejoint ce que vous disiez l’an dernier à la même époque : à votre façon, vous avez marqué l’histoire du tennis.

 

C’est vrai. A Londres, j’ai été super bien accueilli.

 

Le public, lui aussi, semble oublier que vous n’avez pas un palmarès comparable aux autres joueurs disputant ces tournois…

 

Oui, on s’aperçoit qu’il n’y a pas que le palmarès qui compte. Certains vainqueurs de grand chelem ont été oubliés aujourd’hui. Je pense, par exemple, à Thomas Johansson. Pour revenir à ce que je disais, dans la semaine qui a suivi, j’ai reçu des propositions. Notamment pour jouer en Colombie et au Brésil au mois de mai. Je pense que j’en ferai au moins un des deux. Après, il y a toujours des soucis d’organisation à gérer. Notamment par rapport à ma fille, ce n’est pas facile de partir deux semaines

 

Autre événement qui a marqué votre fin d’année 2011 : les « Etoiles du Sport » qui rassemblent chaque année quelques uns des plus grands sportifs français. Lorsque l’on vous a proposé de participer à cet événement, avez-vous tout de suite pensé à Tristan Lamasine pour vous accompagner ? Expliquez-nous pourquoi.

 

Plusieurs joueurs auraient pu m’accompagner. Gianni Mina, Axel Michon, Guillaume Ruffin. J’ai pensé à Tristan car il est entrainé par Laurent Raymond (NDLR : entraineur de Fabrice durant sa carrière) et j’ai souvent eu l’occasion de jouer avec lui. Je savais qu’il était emballé. Il était ravi d’être là-bas et il en a pris plein les yeux pendant cinq jours.

 

Ensemble, vous avez notamment participé à un raid. Racontez-nous cette épreuve.

 

C’est un peu le parcours du combattant. Départ à 7h00 du matin du toit de l’hôtel, à vingt-cinq mètres de haut, d’où l’on devait se jeter en tyrolienne. Ensuite, c’est beaucoup de marche, de ski de fond, du tir à la carabine, du tir à l’arc, etc. On partait à deux mille cent mètres d’altitude pour atteindre jusqu’à trois mille six cent mètres, redescendre à mille six cent puis remonter à deux mille cinq cent ! L’épreuve a duré trois heures, c’était très physique.

 

C’est comparable à ce que l’on peut vivre sur un terrain, parfois ?


Non, c’est trop différent. C’était vraiment dur car il y avait, principalement, le problème posé par le fait de produire un effort si violent à cette altitude.

 

J’imagine qu’une telle épreuve a créé des liens forts avec votre partenaire ?

 

Oui, ça crée des liens. On a envie de se surpasser pour son partenaire, ne pas se faire distancer. Il y avait Tristan, mais également d’autres sportifs. Notamment Jérôme Fernandez et Stéphane Diagana avec lesquels nous avons partagé certains passages de l’épreuve. C’est une très belle expérience, et, plus globalement, un magnifique rendez-vous sportif où l’on côtoie ce qui se fait de mieux dans le sport français, sans le moindre stress. Tout le monde est détendu, disponible. Lorsque l’on est arrivé sur place, j’ai demandé à Tristan quel sportif il souhaiterait rencontrer. Il m’a répondu : « Jérôme Fernandez ». Une minute après, celui-ci passe devant nous et je lui lance : « Tiens, Jérôme, tu voudrais pas prendre un café avec Tristan ? ». Il m’a répondu : « O.K » et ils sont partis discuter tous les deux. C’est ça l’esprit des « Etoiles. »

 

Est-ce que ça pourrait vous amener à être encore plus proche de lui à l’avenir, à le conseiller davantage ?

 

C’est possible. De manière générale, que ce soit pour Tristan, Axel Michon ou Guillaume Ruffin, leurs entraineurs viennent vers moi  afin que je m’entraîne avec eux et leur donne mon avis sur leur jeu C’est une mission que j’ai déjà entamée, même si elle est non-officielle. Et je le fais avec plaisir.

 

Que retenez-vous des échanges que vous avez eus avec les autres sportifs présents sur place ?

 

J’ai beaucoup échangé avec Laurent Blanc. Vraiment un mec super, posé, humble et intelligent. J’ai également discuté avec Laura Flessel, que je connaissais déjà. Avec Jérôme Fernandez. Très sympa lui aussi, un bon gars. Je pense que le point commun entre chacune des personnes que j’ai rencontrées, c’est l’humilité. C’était une superbe expérience pour moi. Je me suis même retrouvé à chanter en duo avec Yannick (NDLR : Noah, également présent aux « Etoiles du Sport »), accompagné par Manu Katché à la batterie. On a chanté « No woman no cry » et c’était une catastrophe. Je chante très mal ! (sourires)

 

Vous venez d’évoquer Yannick Noah. Guy Forget, votre autre capitaine de Coupe Davis était également présent aux « Etoiles du Sport. » La transition est toute trouvée pour, justement, ouvrir le chapitre Coupe Davis. A commencer par la victoire de 1991, qui a été célébrée il y a quelques semaines…

 

A ce sujet, je les revois tous les deux ce soir. A l’initiative de Yannick, nous fêtons tous ensemble les vingt ans de la victoire de Lyon. C’est un dîner qui se fait dans la plus grande discrétion puisqu’aucun média n’est au courant. L’intégralité de l’équipe, staff compris, présente à Lyon sera là ce soir.

 

 

Cette victoire a fait l’objet d’un livre : « 1991, naissance de la France qui gagne ». On va revenir sur votre quart de finale face à l’Australie et cette victoire décisive face à Masur. En gardez-vous des souvenirs précis, aujourd’hui encore ?

 

Sur le terrain, je ne revois qu’une image, la balle de match. Je me revois également sur les épaules de Yannick après la rencontre. Et puis, je garde aussi des images d’avant-match dans le vestiaire, une espèce d’algeco (sic) planqué derrière les arènes. J’étais stressé mais en-même temps inconscient.

 

Vous étiez dans le même état d’esprit qu’en fin de carrière lorsque parfois, vous aviez peur de passer à travers d’importants matchs, sur des courts prestigieux ?

Oui. En fin de carrière, la peur m’a permis de jouer mes meilleurs matchs. Le match face à « Rodgeur » à l’US Open, j’avais très peur avant d’entrer sur le court. J’ai revu des images récemment, super match…

 

Ce soir-là, étiez-vous en mesure de le battre ?

 

Non, non. Quand je repense au match, c’est vrai, j’ai eu quelques balles de break, mais je n’ai jamais pris l’ascendant. Dans le premier set, je suis mené 5-1 pour finalement perdre 7-5. Dans les deux suivants, je m’accroche mais je n’ai pas vraiment de solutions. Le tie-break du troisième, je le perds facilement.

 

Revenons en 91. En demi-finale, vous contribuez à nouveau à la qualification de votre équipe. Et puis, vient ce match face à Noah que vous perdez à Bercy dans des conditions désagréables. Par la suite, avez-vous souhaité minimiser la portée de cette défaite ou étiez-vous réellement convaincu qu’elle ne jouerait pas en votre défaveur dans l’optique de la finale ?

 

D’une part, il est vrai que j’ai été très déçu par cette défaite et par la manière dont elle s’est produite. C’était « chaud » en terme d’ambiance mais pas du tout ce que j’attendais. Après, je pensais sincèrement qu’elle ne serait pas aussi lourde de conséquence. Cette non-sélection m’a beaucoup blessé sur le moment et a été mal gérée, je pense, par Yannick, et, surtout, par François Jauffret qui était le DTN de l’époque. Ce dernier a été assez maladroit dans la manière dont il m’a présenté les choses. Avec Yannick, on a eu l’occasion de discuter de tout cela ensemble quelques années après cette finale. Aujourd’hui, cet événement est très loin derrière nous.

 

C’est la forme, plus que la décision en elle-même, qui a été difficile à accepter à l’époque ?

 

En effet, je pense que la forme n’était absolument pas adaptée. Ni aux circonstances, ni à mon âge. Il y a certaines choses que l’on accepte plus facilement à trente ans qu’à vingt ans. En tout cas, si je devais avoir une annonce de ce type à faire à un jeune joueur, je m’y prendrais complètement différemment.

 

En lisant le livre de François Thomazeau et Fabrice Abgrall, j’ai eu le sentiment d’une osmose entre les membres de l’équipe, notamment lors du stage commando de Montreux. Tous semblent en avoir gardé des souvenirs indélébiles, des anecdotes incroyables. Ne pensez-vous pas que votre déception personnelle ait altéré ces merveilleux souvenirs ? J’ai eu le sentiment que vous étiez un peu à part dans cette aventure.

 

Le début du stage a été très pénible, mais ça n’a duré que quarante huit heures. Après, une fois la pilule avalée, je me suis investi pleinement dans les entrainements et j’ai vibré durant tout le week-end. J’ai également des souvenirs très forts de ce qui a suivi la victoire. La fête place Bellecour, la fin de soirée en boîte, etc.

 

Dans ce livre, Henri Leconte se souvient d’un entrainement d’une extrême tension où aucun de vous deux n’acceptait que l’autre marque un point gagnant…

 

Je ne m’en souviens pas. Il faut dire que c’est quasi-systématique lors des entrainements de Coupe Davis entre des joueurs qui se disputent une place pour le week-end. Cette épreuve, c’est le seul moment de l’année où des joueurs, totalement indépendants tout au long de la saison, doivent entrer dans un jeu de séduction pour convaincre un capitaine. Forcément, ces matchs d’entrainements, qui ont très peu de valeurs sur les tournois durant l’année, deviennent cruciaux. Le capitaine scrute, il discute avec l’entraineur. Si, au départ, il a une idée assez précise du joueur qu’il alignera le week-end, et que ce même joueur perd huit sets d’entrainement sur dix, il changera sans doute d’avis au final.

 

Terminons sur cette édition 1991. Lors de la remise des trophées, il y a ce geste de Noah qui vous fait venir sur le terrain et vous offre le sien. Guy Forget a déclaré récemment que vous n’aviez pas pris conscience de l’importance de son geste. Est-ce exact ? Combien d’années vous a-t-il fallu pour lui être « éternellement reconnaissant » comme vous dites l’être aujourd’hui ?

 

(surpris) Yannick a eu une Coupe Davis, je crois. Il l’a eue plus tard, non ?

 

Dans le livre, il déclare que non.

 

Il a dit ça ? J’étais persuadé qu’il l’avait reçue ensuite.

 

C’est peut-être ce qui a fait que vous avez minimisé l’impact de ce geste. Ce n’était pas qu’un symbole.

 

(semblant réaliser) Oui, il m’a vraiment donné son trophée. Pour le coup, à sa place, je serais effondré de ne pas l’avoir et je pourrais comprendre qu’il le regrette. Aujourd’hui, quatre-vingt pour cent des trophées que j’ai remportés sont à la cave. Mes deux Coupe Davis sont dans une belle salle et pour rien au monde je ne les mettrais à la cave. A chaque fois que quelqu’un vient dîner à la maison pour la première fois et qu’il me demande où sont mes trophées, les premiers que je lui montre sont les Coupe Davis. Bien avant les grands chelems, les masters series ou mes titres en simple.

 

On a beaucoup célébré cette victoire de 1991. Beaucoup moins, voire pas du tout, celle de 2001. Comment l’expliquez-vous ?

 

A titre personnel, la victoire de 2001 est la plus belle. Pour plusieurs raisons. Déjà, parce que j’étais sur le terrain. Et puis, pour ce qu’on a vécu tous ensemble à Melbourne… J’ai énormément de souvenirs. De Roissy, le voyage en avion, la préparation des matchs, le dîner en tête-à-tête avec Cédric (NDLR : Pioline, avec qui il disputera le double), les échauffements physiques, les restaurants dans lesquels nous sommes allés, le débriefing du lendemain matin à l’hôtel où tout le monde avait les larmes aux yeux, le retour à Paris, le déjeuner à l’Elysée, la remontée des Champs. J’ai mille souvenirs ! Je pense que si on en a moins parlé c’est, d’une part, parce que Yannick n’y était pas (sourires), mais, surtout, parce que 1991, c’est cinquante-neuf après la dernière ! Alors qu’en 2001, on avait pris l’habitude de gagner la Coupe Davis tous les cinq ans. D’ailleurs, 1996, on ne sait même plus que ça a existé !

 

Cela rejoint un peu le titre du livre « 1991, naissance de la France qui gagne ». A cette période, on avait finalement très peu l’habitude de voir notre pays gagner, que ce soit dans n’importe quel sport…

 

Le hand n’avait encore rien gagné, la basket n’avait rien gagné. On n’avait jamais été champion d’Europe en football non plus. C’est vrai. On s’est dit : « Enfin les français sont capables de gagner ».

 

Ce livre recèle de petites histoires qui ont fabriqué la grande. En 2001, vous en parliez à l’instant, il y a également des anecdotes savoureuses. Comme celle du vestiaire avec Cédric Pioline. Pouvez-vous en dire plus ?

 

Pour resituer le contexte il faut dire qu’à l’époque nous n’étions pas très proches avec Cédric. Guy avait décidé de nous faire jouer ensemble en double. Il nous a rapproché, nous a amené à nous entrainer ensemble, à discuter. A Melbourne, durant le stage, une complicité a commencé à naître entre nous. C’était indispensable à l’approche d’un événement comme celui-ci. Le « doc » (NDLR : Bernard Montalvan), qui est la référence humaine de mon entourage, vraiment quelqu’un d’exceptionnel, organise un repas entre Cédric et moi, dans un coin du vestiaire, sur une belle nappe blanche. Presque un dîner en amoureux (sourires).

 

Cela a pu contribuer à votre excellente performance du week-end ?

 

Personnellement, je pense avoir disputé les deux plus beaux doubles de ma carrière lors des finales de Coupe Davis. En Australie, cette année-là, et à Bercy, avec Nicolas Escudé, l’année suivante. Ce furent deux matchs extrêmement difficiles.

 

Peut-on obtenir des résultats avec un partenaire avec lequel il n’y pas de complicité ?

 

Je pense qu’il n’est pas indispensable d’être très amis dans la vie. Il faut une complicité nécessaire. Avec Cédric, nous n’étions pas les meilleurs amis du monde, même si aujourd’hui, nous sommes liés pour la vie par cette Coupe Davis à Melbourne. On ne se voit pas tous les jours mais on se donne des nouvelles, on s’appelle et on se voit sur des exhibitions de temps en temps.

 

Avec qui avez-vous eu les meilleurs rapports, en dehors du terrain ?

 

Avec Micka, on était très proche. Un peu moins maintenant.

 

L’avez-vous été jusqu’à la fin de votre association ?

 

A quel moment a-t-on arrêté ?

 

Fin 2005. Vous avez officialisé l’information lors du tournoi de Metz, en septembre, et vous avez terminé l’année ensemble en remportant le Masters à Shanghai.

 

On a arrêté sur une victoire ? Et j’ai joué avec Nenad (NDLR : Zimonjic) à partir de janvier 2006 ? Pour revenir à ta question, je dois dire qu’avec Micka, on a été vraiment proche de 2001 à 2003, 2004. Après, quand j’ai eu quelques petits soucis en Coupe Davis, nos rapports sont devenus un peu plus tendus parce que ce n’était pas évident pour lui de se positionner entre notre amitié et sa place en équipe de France qu’il souhaitait protéger.

 

En avez-vous discuté ensemble ou l’avez-vous compris seul ?

 

C’est quelque chose que j’ai compris. C’était une situation assez embarrassante. D’un côté, il voulait protéger son partenaire, mais, de l’autre, il ne voulait pas se retrouver en porte-à-faux avec la sélection. C’est logique. Encore une fois, je suis assez proche des joueurs dont on parle mais ma vie n’a jamais eu lieu dans le milieu du tennis. On en a parlé l’an dernier. Mes meilleurs amis sont extérieurs au tennis. Ou alors, ceux dont je suis très proche, ne sont pas de ma génération. Je pense à Bernard Montalvan, Mansour Bahrami, Eric Deblicker.

 

En 1995, vous avez eu une conversation « virile » avec Noah. Vous écriviez dans votre livre, qu’un jour, vous seriez amené à avoir une conversation du même ordre avec Guy Forget. A-t-elle eu lieu ?

 

Elle n’a pas eu lieu mais nous avons crevé l’abcès d’une autre manière. En renouant le contact, tout simplement. Par des déjeuners, des coups de fil, des entrainements. On se rapproche à nouveau parce que, là aussi, on a vécu des moments fabuleux ensemble. Melbourne 2001, c’est le truc que je prends en référence à chaque fois que j’évoque ma carrière. Et c’est Guy qui était sur la chaise à ce moment-là.

 

Sur ce qu’il s’est passé en 2006 (NDLR : voir article), vous ne souhaitez pas plus d’explications ?

 

L’explication est simple. Même si j’étais indispensable en double, je n’étais pas le leader de l’équipe. Aujourd’hui, si Jo demande ce que j’ai demandé à Tarbes en 2006, on lui dit « oui » dans la seconde. Encore une fois, je pense que j’ai eu raison de prendre cette décision. J’avais été conseillé par mon entourage et même par une personne qui avait un haut poste à la fédération. Tous m’avaient dit d’aller à Tarbes en sachant que j’arriverais avec, simplement, quelques heures de retard au rassemblement. Aujourd’hui, si je me mets dans la peau du capitaine, je pense qu’il s’est dit qu’il était difficile de m’accorder un passe-droit alors que je n’étais pas le numéro un de l’équipe. Il m’a dit « non, » peut-être pour éviter d’avoir des cas similaires à gérer avec les autres joueurs par la suite.

 

Avez-vous ressenti que l’opinion publique vous était très largement favorable à l’époque ?

 

Oui. J’ai eu un accueil exceptionnel à Tarbes, lors de l’exhibition aux Petit As.

 

Cela vous a-t-il conforté dans votre choix ?

 

J’aurais préféré ne pas vivre ce triste épisode mais encore une fois, je n’ai jamais voulu nuire, ni faire quelque chose de mal. Est-ce que j’ai été honnête et correct ? Oui. Peut-être aurais-je dû laisser tomber Tarbes pour arriver à l’heure. Mais ce n’est pas du tout mon état d’esprit. C’est mon point de vue d’homme, de joueur mais je suis également, dans ma réflexion, obligé de me mettre à la place de Guy. Pour la petite histoire, l’an dernier, j’ai été contacté pour faire une exhibition en Pologne. Le contrat n’était pas signé mais j’avais donné mon accord. Quelques temps plus tard, on me contacte pour disputer un tournoi du Champions Tour en Colombie pour une somme nettement supérieure. J’ai réagi de la même façon. Je n’allais pas planter les organisateurs de l’exhibition en Pologne.

 

On va clore le chapitre Coupe Davis en évoquant votre avenir dans cette compétition. Vous avez été très clair lors des « Etoiles Du Sport ». Pour ceux qui n’auraient pas eu connaissance de votre position, pouvez-vous rappeler pourquoi vous ne souhaitez pas, au jour d’aujourd’hui, devenir le capitaine de l’équipe de France ?

 

Quand, le jour de l’annonce de Guy, des journalistes m’ont appelé pour me sonder, j’ai répondu que je n’étais pas candidat au poste de capitaine, que je n’en avais pas envie pour plusieurs raisons. J’ai entamé une reconversion dans les médias qui me plait beaucoup. La radio, j’aime ça. La télé, je vais y venir de plus en plus. J’aime la vie que je mène aujourd’hui. En revanche, si l’intégralité des joueurs venait me voir en me disant : « Fabrice, on veut que ce soit toi et personne d’autre », ça me sensibiliserait et j’en tiendrais forcément compte. Mais ce n’est pas ce que je souhaite aujourd’hui. Les joueurs sont au courant et, pour cette raison, je pense qu’ils ne viendront pas me voir. Aujourd’hui, je pense que le rôle de capitaine de l’équipe France est génial car la génération en place est exceptionnelle. Mais c’est aussi très difficile parce que chaque joueur a des attentes différentes. Ils ont tous des caractères différents et il est très compliqué, voire quasi-impossible, de satisfaire les quatre.

 

Pourquoi est-ce si difficile ?

 

A l’intérieur d’une équipe il y a toujours des petites, des moyennes ou des grandes crises qui deviennent publiques ou qui restent dans l’intimité du groupe. J’ai quelques échos de ce qui se passe durant les semaines de Coupe Davis. Ce n’est pas facile. A un moment donné, quand Gilles (NDLR : Simon) ne joue pas la finale à Belgrade, ça crée des tensions et c’est du lourd à l’intérieur.

 

On peut le comprendre vu les circonstances. Cela permet de faire un rapprochement avec ce que vous avez vécu en 2002 lorsque Forget ne vous aligne pas face à Safin. Ca semble presque impensable…

 

C’est une blague (sourires) ! Marat ne voulait pas me jouer. Même s’il était en pleine forme, il ne voulait pas. A titre personnel, j’étais super déçu mais je n’ai pas été voir Guy pour lui imposer de me faire jouer. Ce n’est absolument pas dans mon caractère. Je n’ai jamais fait ça. Peut-être que certains l’auraient fait. D’ailleurs, peut-être que moi-même, j’aurais dû dire à Guy : « Laisse-moi jouer Marat le vendredi, je vais lui pourrir son jeu pour le week-end ».

 

Il vous donne une explication lors de l’annonce de la composition des équipes ?

 

Non, je n’en ai pas eue. Ne pas avoir joué ce match, c’est l’un des plus grands regrets de ma carrière.

 

C’est drôle car en y repensant aujourd’hui, on se dit que le point face à Safin était presque gagné d’avance.

 

Je ne peux pas dire ça car chaque match face à Marat était un énorme challenge pour moi. Il avait tellement de talent. Il fallait toujours que je sois au top pour le battre. Mais à l’époque, je suis à six victoires en sept matchs en l’ayant notamment battu l’année précédente à Roland. S’il sait que je joue, il ne dort pas de la nuit.

Pour revenir au poste de capitaine que vous ne souhaitez pas briguer, vous avez également expliqué que vous ne pensiez pas avoir l’autorité nécessaire vis-à-vis des joueurs que vous avez côtoyés sur le circuit.

 

Il y a plusieurs choses. Tout d’abord, pour être capitaine, il faut accepter de rentrer dans un “jeu de séduction”. Je n’ai jamais fait ça de ma vie et ça ne m’intéresse pas. Il y a de nombreux candidats et, tu as dû t’en rendre compte en lisant l’Equipe le lendemain de l’annonce de Guy, certains sont plus que candidats selon la manière dont ils se sont positionnés.

 

Courant octobre, vous disiez qu’un changement allait s’opérer pour 2012, pouvez-vous en parler aujourd’hui ?

 

Depuis le 1er janvier, mon nouveau manager est Morgan Menahem qui s’occupe notamment de Jo et de Tony Parker. J’ai quitté le groupe Lagardère. C’est un vrai changement pour moi. Morgan est un ami, il a beaucoup de contacts pour jouer des exhibitions ou travailler dans les médias…

 

Cela vous permettra-t-il de vous engager avec une chaîne de télévision prochainement ? En 2011, on vous a suivi en plateau durant l’Open d’Australie. Vous avez également fait vos premiers pas en tant que consultant commentateur à Wimbledon.

 

Tout se négociera dans les deux mois qui viennent. En ce moment, je travaille sur un projet d’émission pour la télévision ou la radio. Il faut que je définisse les contours de ce projet avant de le présenter. C’est quelque chose que j’ai très envie de faire…

 

Le projet pourrait également être proposé à RTL ?

 

Oui.

 

Et adapté à l’image du « Club Liza » ou du « Club Jalabert » qui sont déjà à l’antenne ?

 

C’est l’idée.

 

Seulement, pour Jalabert, son émission a lieu au mois de juillet, à une période « creuse » de la grille.

 

C’est vrai mais je pense qu’on peut trouver une demi-heure chaque soir durant Roland-Garros.

 

En ce début d’année, on devrait également vous voir sur l’antenne de la chaîne TRACE SPORT pour un reportage qui vous sera consacré.

 

Oui, ce n’est pas encore tout à fait terminé. Ils doivent me rappeler courant janvier. D’ailleurs, je vais leur proposer d’intégrer dans ce reportage les images de ma fin de carrière.

Je suis surpris. Vous avez récupéré les images (NDLR : un journaliste avait suivi Fabrice lors des derniers mois de l’année 2009 mais le projet semblait être abandonné) ?

 

J’ai récupéré les bandes. Il y a trente ou quarante heures à « dérusher ». C’est quelque chose qui a été très mal géré après ma carrière. Aujourd’hui, c’est difficile de vendre à une chaîne ma fin de carrière, c’est trop vieux. La meilleure solution serait que ce soit intégré au reportage de TRACE SPORT. Il étaient partis sur un 26 minutes, ils pourraient faire un 52.

 

TRACE vous a notamment suivi début octobre lors de la course ODYSSEA à laquelle vous avez participé sous les couleurs de L’ETOILE DE MARTIN, une association dont vous êtes l’ambassadeur. A terme, pourriez-vous organiser un gala caritatif en faveur de cette association ?

 

C’est drôle que tu me poses cette question. On en discute en ce moment. Cela pourrait se faire via Tony Parker qui organise chaque année un gala qui vise à récolter des fonds pour trois ou quatre associations. S’il est touché, il se pourrait que L’ETOILE DE MARTIN soit intégrée à ce gala en 2012.

 

Au sujet de la course ODYSSEA, il se murmure que vous vous attaquerez aux 10 km l’an prochain. Vous confirmez ?

 

Je confirme et je l’annonce officiellement, je ferai les 10 km en 2012 ! (sourires)

 

Merci Fabrice.

 

Crédit photo à la une : Lionel Barbe

18 commentaires

  1. Génial!

  2. Mille mercis Fabrice et Bastien!